Tout le monde lui marche sur la tête, considérant que c’est une mauvaise herbe et pourtant, si vous saviez tout ce qu’il peut pour vous. Le plantain mérite d’être redécouvert aussi bien dans nos assiettes qu’à notre chevet.
Carte d’identité
En France métropolitaine, le plantain se décline en une étonnante diversité, avec pas moins de vingt-trois espèces disséminées au bord des chemins, dans les prairies, les jardins ou les terres piétinées.
Cet article s’attardera principalement sur les quatre espèces les plus communes, celles que l’on rencontre presque partout sur le territoire, discrètes compagnes des sentiers et des saisons :




Étymologie : Issu du latin planta, « plante des pieds », et de ago, « je pousse », le nom du plantain pourrait se traduire par cette simple phrase :
« je pousse sous la plante des pieds ».
Une étymologie qui lui ressemble parfaitement, tant cette plante accompagne depuis toujours les chemins des hommes, s’installant là où l’on marche, là où la terre se tasse, là où d’autres végétaux renoncent.
Type de plante : Le plantain est une plante vivace herbacée appartenant à la famille des Plantaginacées, une famille discrète mais robuste, capable de s’ancrer dans les sols pauvres, les chemins tassés et les clairières ouvertes
Type de sol et exposition : Le plantain est une plante étonnamment souple, capable de s’installer presque partout comme un voyageur discret qui finit toujours par trouver un coin où pousser. Derrière cette grande capacité d’adaptation, chaque espèce révèle pourtant quelques préférences et raconte souvent quelque chose sur la qualité du sol où elle apparaît.
Le Grand Plantain tolère une vaste diversité de terrains : sols pauvres, sableux, argileux, tassés ou fortement piétinés. Sa présence agit d’ailleurs souvent comme un indice naturel révélant un sol compacté ou fatigué par le passage répété. Même s’il supporte des conditions difficiles, il se développe davantage dans des sols limoneux, bien drainés, riches en matière organique, avec un pH neutre à légèrement calcaire.
Certaines espèces montrent des goûts plus précis.
Le plantain lancéolé apprécie surtout les terrains secs et drainants, tout en supportant aussi bien les sols acides que calcaires.
Le plantain corne-de-cerf, quant à lui, préfère les sols légers et plus aérés.
Le plantain pousse aussi bien au soleil qu’à la mi-ombre. Résistant à la chaleur comme aux fortes gelées, il peut supporter des températures descendant jusqu’à environ -20 °C, voire davantage selon les espèces.
Sa grande résistance au piétinement explique pourquoi on le rencontre souvent au bord des chemins, dans les pelouses, les allées ou les lieux régulièrement traversés, où il s’accroche au sol avec une patience tranquille.
Astuce pour la reconnaître et confusions possibles : Il est difficile de le confondre car, dans la nature, il y a peu de feuilles ayant des nervures parallèles (hors graminées) en relief sous la feuille. En botanique, des nervures parallèles sont des nervures qui partent d’un même point à la base de la feuille et qui se rejoignent à la pointe de la feuille sans se croiser.
Une fois en fleurs, il est quasiment impossible de confondre la famille ! En effet, ces trois espèces ont un épi terminal cylindrique et compact se dressant fièrement au-dessus des feuilles basales toutes disposées en rosette.
Au sein même de la famille des plantago, l’erreur d’identification est possible car ces petits malins s’hybrident entre eux. Mais il n’y a aucune crainte à avoir car ils sont tous comestibles.

Le plantain et l’homme
Récolte
Parties utilisées : Les feuilles, racines, graines, fleurs et la sève, autrement dit, toute la plante est utile.
Période de cueillette : Ils sont récoltés presque toute l’année sauf dans les régions froides où ils seront disponibles du printemps à l’automne. Concernant les épis floraux et les graines, la cueillette commence en juillet et s’achève en septembre.
Conservation : Dans un premier temps, veiller à ce que votre lieu de cueillette soit protégé des pesticides, passages d’engins motorisés ou toutes autres pollutions.
Feuilles : Récolter les plus jeunes si vous souhaitez les manger crues car, en vieillissant, elles deviennent coriaces, il faudra alors les cuire, tels des épinards. Elles se conservent quelques jours au réfrigérateur. Cependant, si vous en avez à proximité de chez vous, mieux vaut vous servir au fur et à mesure de vos besoins, tout particulièrement s’il s’agit d’un usage médical.
Quoi qu’il en soit pour le conserver, vous pouvez sécher les feuilles, récoltées de préférence au printemps par temps sec. Pour ce faire, disposez-les à plat dans une cagette au soleil pendant une petite heure, puis les placer à l’ombre dans une pièce bien aérée pour terminer le séchage. Une autre solution est envisageable : le four tiède. Conserver ensuite dans des bocaux opaques ou en poudre et veiller à ce que les bocaux ne prennent pas l’humidité. Pour la période hivernale, on peut réaliser un sirop pour continuer à profiter de ses bienfaits.
Épis : Peu importe l’avancement de floraison des épis, tant que vous ne les cueillez pas secs. La récolte pour le plantain lancéolé a lieu d’avril à août, pour le plantain majeur, entre juin à septembre et enfin de mai à juillet pour le plantain moyen.
Graines : Cueillir les hampes florales juste avant la pleine maturation et les disposer sur un papier. Les épis achèveront tranquillement le séchage ce qui facilitera la tâche au moment de la récolte finale. Conserver les graines dans une boîte hermétique et opaque.

Alimentation humaine
Certaines personnes allergiques sont sensibles au pollen du plantain, ce qui peut provoquer des rhinites allergiques, rhumes des foins ou crises d’asthme. Chose incroyable, c’est également le remède (Cf. phytothérapie).
Parties utilisées : Feuilles, fleurs encore vertes, graines mûres, racines.
Utilisation : Crue ou cuite.
Les feuilles fraîches sont délicieuses en mesclun ou en pesto. Cuites, les feuilles peuvent être sautées comme les épinards ou garnissent des aumônières, muffins, tartes. Les feuilles séchées moulues sont saupoudrées en guise de condiment.
Les bourgeons floraux revenus dans une pâte à beignets sont aussi bons que les fleurs confites tels des câpres.
Les graines sont ajoutées entières ou moulues dans les soupes, pains et gâteaux (attention cependant à ne pas trop en consommer car elles sont laxatives).
Astuce : Les jeunes épis encore tendres sont excellents pour accommoder les salades gourmandes. Elles rappellent le gout de la noisette pour certains et de champignon pour d’autres.
Toast aux fleurs de plantain
Récolter 100 g d’épis en fleur et les couper en morceaux. Les faire revenir avec un filet d’huile d’olive. Ajouter 250 ml de crème fraîche et laisser mijoter quelques minutes jusqu’à ce que la texture soit plus épaisse. Ajouter deux échalotes ou petits oignons émincés revenus à part. Il n’y a plus qu’à servir sur des toasts chauds et déguster immédiatement.
Chips de plantain
Préchauffez le four à 120°C. Lavez une bonne vingtaine de grandes feuilles de plantain et séchez-les bien dans une essoreuse à salade ou dans un torchon propre. Puis dans un saladier, mélangez-les avec deux cuillères à café d’huile d’olive jusqu’à ce qu’elles soient bien imprégnées. Disposer les feuilles sur des plaques à pâtisserie. Saupoudrer les feuilles avec un peu de sel et un assaisonnement au choix (poudre d’ail, piment de Cayenne, fenouil, mélange d’épices…). Cuire au four jusqu’à ce qu’il soit croustillant, compter entre 10 à 20 minutes. Consommer tout de suite ou quelques jours plus tard. Il faudra les conserver dans une boîte hermétique. Pour redonner le croquant, il suffira de les remettre au four 3 à 5 minutes maxi.
Astuce : En refroidissant, elles seront plus croquantes, ne soyez pas trop gourmand et patientez!
Feuilles de plantain farcies
Faites bouillir des feuilles assez grandes de plantain pendant trois minutes et arrêter immédiatement la cuisson en les plaçant sous l’eau froide. Dans une poêle, cuire un mélange de viande hachée, de riz cuit, herbes, épices sucrées et/ou salées. Placer une cuillerée à soupe de cette préparation dans les feuilles de plantain que vous roulerez pour former une sorte de paupiette serrée. Cuire au four entre 10 et 15 minutes à 170°C avec un filet d’huile d’olive.
Mélange de graines à la poêle express
Dans une poêle, faites griller légèrement un mélange d’une poignée de graines de plantain avec 3 poignées de graines de citrouille et trois poignées de graines de sésame. Ajouter une généreuse pincée de sauce tamari ou de soja. Bien mélanger et laisser cuire doucement jusqu’à ce que la sauce se soit évaporée. Servir sur une purée ou pour grignoter avant les repas.
Phytothérapie
Parties utilisées : Plante entière : suc frais, feuilles, racines, graines mûres.
Usage interne et externe : infusion, onguent, cataplasme, lotion, huile, teinture mère, gargarisme, bain, gélule, huile essentielle, sirop, préparation dermatologique, eau florale.
Riche en :
Vitamines : A, B, C et K
Oligo-éléments: Potassium, Calcium, Magnésium, Soufre, Zinc, Silice
Polyphénols (anti-oxydant), mucilage (2 à 6 %), pectine, aucubine, glucosides, flavonoïdes, allantoïde, tanins, coumarines, apigénine
Propriétés : Adoucissant, astringent, cicatrisant, dépuratif, diurétique, expectorant, fébrifuge.
Soigne : acné, bronchite, conjonctivite, constipation, dent, diarrhée, épistaxis, morsure, phlébite, piqûres, plaie, rhinite allergique, toux.
Recettes
🩹Infusion pour faciliter l’expectoration : Mettre à bouillir 50 gr de plante fraîche entière dans un litre d’eau pendant trois minutes puis laisser infuser 15 minutes. Filtrer et boire 3 à 5 tasses par jour.
🩹Appliquer le jus frais sur les hémorroïdes deux ou trois fois par jour.
🩹L’irritation d’une piqûre d’insecte et d’ortie est soulagée en y appliquant une feuille de plantain préalablement mâchée. Si cette manière vous rebute, vous pouvez tout à fait réaliser l’opération de mastication avec un mortier, un pilon et quelques gouttes d’eau, encore faut-il en avoir un sous la main en ballade…
🩹Pour stopper un saignement léger ou le feu d’une brûlure légère, appliquer une cataplasme de feuilles fraîches broyées. Ce cataplasme est également efficace pour prévenir les ampoules.
🩹Pour soulager le zona, appliquer de la teinture mère de plantain.
🩹Contre la conjonctivite, laver les yeux avec une infusion de plantain à raison de 20 g de feuilles par litre d’eau minérale.
🩹Pour soigner les bronchites, préparer une infusion 50 g de graines pour 1 litre d’eau bouillante, infuser 5 mn. Filtrer et boire 2 tasses par jour immédiatement.
🩹Si vous avez mal aux dents, vous pouvez faire un bain de bouche avec une infusion de 10 mn de 100 g de feuilles pour 1 litre d’eau bouillante.
🩹En cas de constipation, ajouter à votre salade quelques jeunes feuilles fraîches finement ciselées.
🩹La nature est parfois originale. Comme je vous en faisais part, le pollen du plantain est allergisant et provoque pour les personnes hypersensibles des rhinites allergiques. Et bien, la nature est bien faite, car il a toutes les facultés pour soulager ces irritations oropharyngées accompagnées d’une toux sèche. Une infusion de feuilles, la prise de teinture ou d’extrait de plantes standardisées aidera à votre guérison.
🩹Arrêter de fumer : Il est possible d’arrêter de fumer à l’aide des plantes. La prise de plantain en gélule permettrait de se dégouter du tabac en rendant sa saveur désagréable. Il contribuerait à apaiser les toux du fumeurs et soulagerait les irritations des bronches et de la gorge. Il ne fera pas à lui seul des miracles contre cette dépendance, mais en association avec d’autres plantes, il pourrait néanmoins vous aider.
L’ensemble des informations indiquées ci-dessus est issu de recherches bibliographiques et/ou de pratiques personnelles. Elles ne peuvent en aucun cas remplacer un avis médical. L’usage de plantes n’étant pas anodin, il est conseillé de consulter votre pharmacien ou praticien avant leurs utilisations.

Cosmétiques
Parties utilisées : Toute la plante
Bains, lotions, huile, onguent, savon, eau florale pour ses bienfaits adoucissants, anti-inflammatoires et antibactériens.
Il est le plus souvent employé pour les soins du contour des yeux et des paupières. Il est également appliqué sur les peaux acnéiques pour sa douceur et son pouvoir reconstituant.
L’huile infusée de plantain est un élément de base à conserver pour la fabrication de baumes apaisants, de lotions, de crèmes, de savons et autres. Pour la préparer, remplissez un pot en verre à mi-hauteur avec des feuilles de plantain séchées et émiettées. Couvrir avec au moins deux fois plus d’huile d’olive, d’amande douce ou tournesol. Attendre 2 à 3 semaines avant d’utiliser et penser à mélanger de temps à temps. Au bout de 5 semaines, filtrer et conserver à l’ombre.
Sels de bain à la lavande et au plantain
Mixer dans un blender un mélange de 3/4 de sel d’Epsom et 1/8 de feuilles de plantain séchées émiettées et 1/8 de feuilles/fleurs de lavande séchées. Stocker dans un récipient hermétique. Au moment du bain tant attendu, enfermer les sels dans un sac en coton ou une vieille chaussette (propre bien évidemment) et disposer-le dans la baignoire. Vous avez 6 mois pour les utiliser.

Alimentation et soins des animaux
Parties utilisées : Toute la plante
Fourrage bovins, ovins, caprins et porcins : En Nouvelle-Zélande, le plantain est très couramment utilisé comme fourrage pour engraisser les agneaux et les bovins. De plus, du fait qu’il résiste bien au piétinement et à la sécheresse, c’est une qualité intéressante pour les éleveurs d’ovins qui utilisent les systèmes de rotation de pâturage. Enfin, étant riche en tanins, cette plante agroécologique est utilisée à titre préventif pour ses propriétés antiparasitaires.
Equins : Pour les chevaux et ânes sensibles à la poussière, au pollen ou au dermite estivale et piqûres d’insectes, vous pouvez donner 25 grammes de plante séchée matin et soir pendant 3 semaines pour un cheval de 500 kg ou demi-dose pour un poney.
Basse-cour : Les poules et les petits oiseaux d’ornement apprécient les graines. D’ailleurs, les épis faisaient l’objet de commerce à Paris et dans les grandes villes au XVII ème siècle. Les lapins et les canards et oies se régalent de toute la plante.
L’huile infusée de plantain (cf. recette) est efficace pour soigner les piqûres et les éraflures légères de nos animaux à poils ou à plumes.
Bio-indicatrices
Si vous observez le plantain lancéolé en abondance dans un milieu, cela signifie que le sol est équilibré en eau, fertilisant et matière organique, avec de surcroît une bonne activité microbienne aérobie. Autant dire que cette plante bio-indicatrice est très positive.
La présence de plantain majeur en grande quantité, quant à lui est signe d’un tassement et compactage d’un terrain humide provoquant un manque d’air dans le sol.
Couvre-sol – Engrais vert
Parties utilisées : Toute la plante
Le plantain a la capacité d’extraire de belles quantités de cobalt du sol par conséquent, en l’intégrant dans le compost, le purin ou le mulch, vous profiterez des bienfaits de cet oligoélément surtout pour les légumineuses. En effet, le cobalt contribue à la bonne fixation de l’azote de l’air dans les nodules racinaires.
Si l’on prend garde de ne pas le laisser monter en graine, il sera un bon couvre-sol, car sa résistance à la sécheresse et ses feuilles au ras du sol protégeront le sol de la battance et contribuera de maintenir l’humidité.

Ornementales
Il existe des cultivars, autrement dit des variétés ornementales du grand plantain :
🌿le ‘Rosularis‘ dont la floraison est très décorative,
🌿le ‘Rubrifolia‘ reconnaissable à ses feuilles pourpres.
🌿le ‘Variegata‘ est assez original, car les feuilles sont joliment panachées de jaune et vert,
🌿enfin, le ‘Atropurpurea‘ offre un dégradé de couleur assez agréable à l’œil avec un cœur vert et les feuilles plus âgées pourpres.

Croyances et coutumes
Pour les Grecs, le plantain faisait partie du jardin d’Hécate (déesse de la nouvelle lune), c’était par conséquent une plante magique qui favorisait la guérison des plaies et des piqûres. Selon Dioscorides, il fallait la cueillir de la main gauche une fois la nuit tombée sous une lune descendante.
Comme cette plante est placée sous le signe du Bélier et d’Arès (Dieu de la guerre), elle pouvait soigner les maux de tête et arrêter les hémorragies. Elle était alors portée autour du cou.
Enfin, dans certaines cultures, on considérait le plantain comme un symbole de fertilité à cause du nombre important de graines par plante. Les femmes les cueillaient pour provoquer une grossesse.


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